Nous n’avons que la sincérité pour adresser le monde

Il y a des jours où la pression est tellement forte que tu tombes évanouie. Tu tombes sur la tête et tu en gardes les marques, elles sont dans tes cheveux, personne ne les voit mais toi tu les sens. Tu ne sais pas exactement pourquoi, tu as l’impression d’avoir eu de la chance. Le pays dans lequel tu es née, la situation économique dans laquelle tu as été élevée. Mais pour une raison qui t’échappe, ton corps se croit en guerre, il combat un ennemi qui n’a pas de nom, qui n’a pas de bouche, il n’a seulement que des yeux. Il te regarde toujours, le regard saturé de sang, comme si ta seule naissance était une erreur. Tu ne comprends pas, tu aimerais donc changer ce sentiment. Tu médites et tu pries. Tu fais des exercices de respiration, tu comptes les secondes, et parfois tout est tellement trop que tu dois fixer un point au mur et surtout, surtout ne pas changer ton attention de place. Ce point sur le mur devient ton monde pour ce qui te semble être une éternité… jusqu’à temps que ton corps se calme, à nouveau. Tu es exténuée mais fière, tu as passé une nouvelle crise, tu te dis que tu es plus forte qu’avant la dernière. Tu comprends que c’est le chemin, que c’est ainsi. Tu fais de ton mieux pour accepter, mais à plusieurs reprises dans une journée tu te demandes à quel moment le système a brisé. 

Tu as beaucoup d’émotions. Tu te demandes lesquelles sont les tiennes et lesquelles sont celles des autres. Lorsque tu entres dans une pièce, tu en ressens l’entièreté, comme si tout te traversait sans rien t’appartenir. Pour fonctionner en société tu dois créer une tonne de murs, tu crées des masques, ils sont beaux et tu en es fière. Tu ris fort, tu ris souvent, les gens y croient. Tu as ce rire de carillon qui remplit l’espace de sa lumière. Tu te dis qu’au moins tu as réussi ça. Toi aussi tu y crois. Le temps de quelques secondes où le rire te traverse, tu es complètement ce rire, l’entièreté de ton monde s’y trouve. Tu prends la douceur quand elle passe.

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Chapitre 1 - La Réalisation